Quand les évaluateurs s’évaluent [EvalPartners]

Nota : cet article a été rédigé par Julie Sifre, invitée de la Vigie2015-05-17 22_24_37-EvalPartners-Evaluation-Full-Report-(2015-02-03).pdf - Adobe Reader

L’année 2015 a commencé sous l’égide de la résolution de l’ONU qui enjoint tous les pays membres à développer l’évaluation. Nous devons cette résolution « 2015, année internationale de l’évaluation »  à un projet international créé en 2012, nommé « Evalpartner ». Cette initiative vient elle-même de faire l’objet d’une évaluation !

Evaluer la promotion de l’évaluation de politiques publiques à l’échelle internationale

L’évaluation est parue en Février 2015 après 7 mois de travaux. Elle couvre une période de trois ans, du commencement d’EvalPartners en 2012 jusqu’à maintenant. L’évaluation a été réalisée par deux cabinets canadiens (Attuned Research and Evaluation and Basi Consulting Group Inc.) selon une approche “développementale”[1].

Principaux résultats

Etape 1 : se faire connaître pour se faire entendre

D’abord, l’initiative Evalpartner est parvenue à exister. Elle a hérité des puissants réseaux de ses fondateurs pour se faire connaître par « bouche à oreille » et auprès des sociétés nationales d’évaluation (VOPE’s dans le jargon). Selon les résultats d’enquête 58% des évaluateurs un peu tournés vers l’international ont entendu parler d’Evalpartner comme étant « un réseau de réseaux »

Evalpartner  est aussi connue grâce aux formations en ligne et gratuites, proposées via le site My M&E. 20 000 personnes de 172 pays différents avaient participé à ces cours avant Septembre 2014.

Etape 2 : Faire parler de l’évaluation (la « mise à l’agenda »)

Objectif bien réussi au niveau global, avec au pinacle l’adoption d’une résolution de l’ONU engageant les nations membres à la construction de leurs capacités d’évaluation nationales.

Aux niveaux régional et national, Evalpartner est également parvenu à soutenir des sociétés nationales d’évaluation dans un bon nombre de pays, notamment en développement (par « l’effet de mode » ainsi créé, mais aussi par un programme de bourses de jumelages avec d’autres sociétés plus expérimentées – P2P grants).

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From “opinion based” to “evidence policies”

En revanche, toutes les sociétés nationales n’ont pas participé à cette dynamique, comme la société française par exemple. Et la notoriété d’Evalpartner reste à ce jour confinée au seul cercle des praticiens de l’évaluation.

Etape 3 : convaincre les décideurs d’utiliser l’évaluation pour appuyer leurs décisions

Evalpartners a vocation à favoriser l’utilisation croissante des évaluations pour l’action publique, et l’instauration de standards professionnels d’évaluation renforcés. Les résultats sont ici moins directs, car ils passent souvent par la capacité des sociétés nationales d’évaluation à crédibiliser l’évaluation et à convaincre leurs décideurs.

Aussi, « l’initiative parlementaire »[2] ne faisait pas partie du plan initial d’EvalPartners, mais elle a pourtant réussi à mobiliser un grand nombre d’acteurs. Ainsi, elle engage désormais des parlementaires sur des questions d’évaluation en Asie du Sud, en Afrique et au-delà.

Un perdu-e ? normal.

Un peu perdu-e ? normal.

Etape 4 : évaluer et améliorer la gouvernance

Les succès d’EvalPartner partageraient quatre grandes caractéristiques : sa résonance – au-delà de la seule communauté d’évaluation, la multiplication des relations entre acteurs de l’évaluation, la flexibilité et l’ouverture, et finalement, la hardiesse et l’imagination (l’on remarque ici que les évaluateurs assument pleinement la notion de jugement de valeur !).

En outre, différentes observations et critiques sont venues questionner l’organisation et l’approche d’EvalPartner.

De petites sociétés nationales d’évaluation (Vope’s) ont mis l’attention sur le fait qu’ils avaient un rôle marginal dans la gouvernance de EvalPartner, et également, que son organisation n’était pas assez lisible. Le rapport insiste sur le fait que le réseau doit s’améliorer sur les volets communication, gestion, administration, et dans ses rapports avec les différents acteurs.

L’évaluation repose avec acuité une question sur le plaidoyer pour l’évaluation. Evalpartner doit-elle se concentrer sur les professionnels de l’évaluation comme elle l’a fait jusqu’à présent, ou bien chercher à toucher l’ensemble des acteurs civil de la décision publique ?

Le choix d’Evalpartner de promouvoir une certaine forme d’évaluation est également critiqué. Le parti pris est de mettre la focale sur l’équité, et la place du genre. Certains regrettent tout partis pris dans une telle initiative, tandis que d’autres regrettent son caractère trop étroit, excluant d’autres problématiques sociales, ou même environnementale.

Pour l’ensemble des conclusions et recommandations, merci de vous reporter au rapport en infra.

Que se passe-t-il après l’année internationale de l’évaluation ?

Les partenaires fondateurs ont exprimé leur souhait qu’EvalPartners perdure au-delà de 2015, avec de nouveaux chantiers sur les volets communication, gestion, administration, et relation avec les différents acteurs. Le rapport recommande entre autre de clarifier le rôle des différents partenaires (VOPES), d’améliorer la page Web pour la rendre plus attractive, d’embaucher un directeur exécutif consacré à la coordination des communications, ou encore de formaliser des plates-formes thématiques pour les Organisations (pour qu’elles participent comme elles le souhaitent au réseau).

Evalparter va donc continuer de tisser sa toile, de solidifier son maillage et de s’appuyer sur des partenaires influents. Son but étant plus que jamais de donner à l’évaluation tout le rayonnement qu’elle a vocation à avoir, tant elle permet de répondre à la crise du politique, au besoin de réformes institutionnelles, qu’aux revendications de participation citoyenne.

[1] L’approche évaluative a été développée par Michael Quinn Patton dans les années 1990. Elle s’inscrit dans le sillage des évaluations basées sur l’utilisation. Elle fait partie des approches participatives ou habilitantes de l’évaluation. L’objectif est notamment de guider le développement de programmes novateurs ou toute autre innovation, souvent caractérisés par une nature complexe, dynamique et imprévisible. L’évaluation se fait sur la base du long terme et les évaluateurs font partis intégrante de l’équipe qui mène le programme. Cf : PATTON (Quinn Michael) Utilization-Focused Evaluation. 4e Edition, Thousand Oaks, CA: Sage, 2008.
[2]L’initiative parlementaire signifie que les parlementaires (ou les membres de l’assemblée qui disposent totalement ou en partie du pouvoir législatif) ont la possibilité de proposer un texte complet ou le dépôt d’un amendement. Aussi, dans ce cadre, les assemblées peuvent par exemple créer des commissions d’enquête, ou des missions d’informations temporaires. Ces moyens d’investigations prennent des appellations différentes selon les pays mais relèvent tous de l’initiative parlementaire. En France, l’assemblée, grâce à son pouvoir d’initiative parlementaire peut créer des autorités administratives indépendantes comme l’Office parlementaire pour l’évaluation de la législation dont le but est d’évaluer la législation pour la simplifier. D’un pays à l’autre l’initiative parlementaire peut donc prendre des formes différentes ; mais il en ressort,  qu’elle donne la possibilité aux parlementaires de devenir de véritables « évaluateurs » de la législation, des projets ou des propositions de lois dans un but de rénovation du travail législatif.

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