Pour un mandat citoyen d’évaluation contradictoire des politiques [Slate.fr]

Nadia Okbani, Docteure en science politique et auteure d’une thèse intitulée “L’institutionnalisation de l’évaluation des politiques, ses enjeux, sa pratique et ses usages au sein d’une organisation: l’exemple de la CAF de la Gironde spécialiste de l’évaluation des politiques publiques” publie sur slate.fr un appel au développement de l’évaluation “d’initiative citoyenne”.

Daté du 19 mars, l’article fait partie de la série “100 propositions de la recherche” pour la présidentielle 2017.

L’article postule la nécessité de réaliser plus souvent des évaluations de politiques publiques, basé sur “plusieurs travaux de recherche” (malheureusement non cités).

Puis l’auteure introduit l’idée novatrice de donner aux citoyens un pouvoir de saisine et d’organisation de leurs propres évaluations de politiques publiques.

Si l’évaluation est mobilisée par les acteurs politiques comme un instrument de pouvoir, elle pourrait aussi être envisagée et pensée comme un instrument de contre-pouvoir citoyen.

Cette proposition est essentielle, car elle donne aux citoyens la main sur la partie politique de l’évaluation : décider d’évaluer ou non, décider quelles sont les questions à se poser, le calendrier, les méthodes.

Il est proposé un “mandat d’évaluation citoyenne“, garanti et financé par une institution publique.

On peut imaginer ce mandat au niveau national et à différents échelons territoriaux. Les travaux seraient confiés à des “chercheurs”. (L’évaluation de politiques publiques n’étant pas une discipline scientifique, la Vigie suggère de considérer également les professionnels dont c’est le métier).

Cette modalité d’évaluation constituerait une forme de contre-expertise face aux pouvoirs publics et aux choix politiques effectués par les décideurs.

 

La proposition reste à développer dans un format éditorial plus large, mais présente déjà un caractère novateur suffisant pour nourrir les débats. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Lire l’article sur slate.fr

 

Une réflexion au sujet de « Pour un mandat citoyen d’évaluation contradictoire des politiques [Slate.fr] »

  1. L’idée est intéressante, et plus il y a d’instances susceptibles de lancer des évaluations, mieux c’est.

    Je vois trois écueils ou du moins défis à prendre en compte :

    * le premier, c’est celui de la pertinence des choix. C’est un des paradoxes de l’évaluation que l’opinion publique (et les décideurs) sont particulièrement intéresssés par l’évaluation de dispositifs très récents (parce qu’ils sont dans l’actualité, etc.) alors que ce sont également les moins évaluables (voir Kautto et Similä, 2005). Une évaluation de court terme, ça n’a rien d’impossible, mais ce ne sera pas une évaluation d’impact, déjà. Le risque par ailleurs c’est que ces citoyens demandent à évaluer les mêmes dispositifs qui sont déjà évalués par les instances existantes (quelque chose que nous avons vu sur l’évaluation de la MAP : les thèmes d’évaluation étant des thèmes “de société”, ils étaient évalués par la MAP, mais également par la Cour des comptes et par France Stratégie… alors que d’autres thèmes aussi importants, mais moins “sexy” restent inévalués).

    * le deuxième, c’est l’utilisation de ces évaluations. Un défaut courant des démarches citoyennes, c’est qu’elles sont souvent déconnectées de la décision, ce qui d’une part peut rendre l’exercice un peu vain ; et d’autre part est décourageant pour les citoyens qui demanderaient (avec raison) qu’on leur rende des comptes sur la suite donnée à l’évaluation. Ici il faudrait donc imaginer le dispositif faisant en sorte que cette évaluation serve à quelque chose. Peut-être en intégrant ce type d’évaluation à la démarche évaluative du CESE ?

    * le troisième, enfin, c’est la réalisation. Je suis curieux de savoir comment des chercheurs réagiraient à l’idée que leur question de recherche leur soit “imposée” par des citoyens. Le recours à des consultants semble plus immédiat dans un cas comme celui-là, sur le modèle de ce qui se fait pour les conférences citoyennes par exemple.

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