Note d’étonnement Journées Françaises de l’Evaluation

Note de l’éditeur : ceci est un billet d’invité, volontairement un peu décalé et aiguisé

Pour une jeune étudiante de Master fraîchement débarquée dans la sphère de l’évaluation des politiques publiques, participer aux Journées Françaises de l’Evaluation avait quelque chose d’un peu intimidant. Petit retour de cette immersion dans les Journées françaises de l’évaluation qui se sont tenues à Grenoble les 6 et 7 juin 2013.

                1/ Incognito

Passer inaperçu aux Journées Françaises de l’Evaluation (JFE pour les intimes), est finalement assez facile. Réunis dans un même amphithéâtre, les acteurs de l’évaluation se retrouvent pour évoquer et infléchir sur la situation de l’évaluation des politiques publiques en France.

sainte SFE

Tout le monde se connait bien, c’est un tourbillon de costards et de poignées de mains. On valse, on virevolte, on a le tournis. Au bord de la crise d’hypoglycémie, on se rabat sur le buffet pour le découvrir aussi étique que les conférences de fin de journée.  La horde était déjà passée, pauvre de moi. Il ne reste alors qu’à mettre son ventre en sourdine, trouver un poste d’observation stratégique, et à écouter, comprendre le pourquoi du comment. 

                 2/ Noël au printemps 

Les JFE c’est la grande réunion de famille. Tout le monde partage avec nostalgie des souvenirs communs, raconte des anecdotes, épate un peu la galerie – qui avec une tirade digne d’un Cyrano, qui avec un rapport ébouriffant, qui avec un outil révolutionnaire. Comme à Noël, tu veux montrer à tes grands-parents que tu mérites ta place au sein de la tribu, que tu peux dessiner du tac au tac un diagramme logique d’impacts avec, pour le plaisir,  quelques recommandations dans la foulée. Puis, quand  la gêne des retrouvailles est dissipée, on attaque les Grands Problèmes de Société avec une fougue et des convictions bien ancrées. Et là… et là c’est l’apothéose. À les entendre, j’ai cru que l’évaluation était la solution à la fin de la misère dans le monde, à la crise des subprimes, au chômage, aux conflits au Moyen-Orient, à l’apolitisation de la société, à la grippe aviaire et à la hausse du taux de suicide chez les jeunes homosexuels. Pourquoi diantre n’y avait-on pas pensé plus tôt ?

                 3/ Le mal existentiel de l’évaluation

Une fois passées les controverses, qui auraient pu être davantage débattues, viennent les questions existentielles et les moments de communion. Un conférencier se lève et demande – quel béotien ! – mais à quoi sert l’évaluation ? On se regarde, on s’esclaffe un peu, on murmure…mais on se garde bien de répondre.

La question centrale de ces deux jours était de savoir comment faire de l’évaluation un réel ferment du débat démocratique, pour ne pas glisser sur la pente savonneuse d’une évaluation élitiste qui ne parle qu’à elle-même. Il y a quelque chose de sartrien à voir ces évaluateurs exister par leur volonté de changer les choses, puis reconnaître benoîtement qu’il ne sont guère écoutés, mais qu’ils en souffrent, si si. En fait d’une profession de foi, la raison d’être est d’abord une profession.

place-citoyensSavoureux paradoxe : les JFE c’est aussi là où on se demande comment associer les citoyens, et où personne n’a remarqué que le citoyen est le grand absent de la salle ; où l’on fait un atelier sur la participation mais qu’il n’y a pas d’interaction avec l’audience. Trop techniques sûrement, les JFE seraient donc une affaire de spécialistes ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, au milieu de ces centaines de cerveaux en ébullition, ce sont les deux clowns de l’interlude humoristique qui ont trouvé la solution : « on vous a beaucoup écouté mais on n’a pas compris grand-chose ». 

                 4/ Vini, Vidi, Evaluiti*

Je suis allée à la Grande Messe sans avoir d’attentes particulières. Au-delà des costards, des petits fours et des controverses non-controversées, c’est le degré de désillusion des évaluateurs qui m’a frappé. Les JFE, se sont de belles journées, mais qui ont un goût de profession de foi inachevée.

 Promettre que l’évaluation peut sauver le monde, moi, en soit, j’aime bien. Ça donne ce petit côté dramatique qui réveille mes aspirations idéalistes. Après, il faut juste vouloir et pouvoir bouger un peu les murs, ouvrir les portes aux différentes formes d’évaluation, accepter de la déloger de son piédestal, la rendre accessible, et y croire encore un peu. Être convaincu que l’évaluation vaut le coup, qu’elle peut être puissante, plurielle,  et réappropriée par le citoyen lambda.

* J’ai également découvert les private jokes d’évaluateurs.

Dessins subtilement réalisés en direct lors des 11es journées de l’évaluation à Grenoble par CLED12 (pour vos événements, contactez : cled12@free.fr)

Une réflexion au sujet de « Note d’étonnement Journées Françaises de l’Evaluation »

  1. Ping : Les quatre chapelles de l’évaluation | La Vigie de l'éval

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.