Livre: Le mythe des politiques publiques “scientifiquement prouvées” ?

l’évaluation relève de la rationalité des preuves mais également de la dialectique du débat social : à ces deux niveaux elle devrait, à terme, contribuer au bien commun

TROSA, S., in Evaluer les politiques publiques pour améliorer l’action publique – une perspective internationale, IGPDE, ouvrage issu des 7ème rencontres de la gestion publique en Juin 2008, Comité pour l’histoire économique et financière de la France éditions, 2009, p. 17

Chers lecteurs anglophones, vous avez probablement déjà entendu parler du principe «d’evidence-based policy », que l’on pourrait traduire par « politiques basées sur des preuves ».

Il n’y a pas de débat là-dessus, l’évaluation doit contribuer à faire reculer « l’obscurantisme politique », à partir d’observations rigoureuses et non plus à partir d’intuitions ou de préjugés politiques.

53817_9780857029669 Et pourtant…

Un récent livre de Martyn Hammersley lu par Jennifer Miller vient chatouiller le consensus pour l’evidence-based policy. (merci à @Renaudepstein pour l’avoir signalé à la vigie !)

Ci-dessous une proposition de lecture de la note de J. Miller, mais les lecteurs anglophones auront avantage à aller directement à la source sur le blog de la LSE: Book Review: The Myth of Research-Based Policy and Practice | LSE Review of Books

1/ Critique sur le plan épistémologique

Une science bien imparfaite ne saurait faire autorité… En se réclamant de l’evidence-based policy, les évaluateurs s’inscrivent dans un épistémologie positiviste, essentiellement expérimentale et quantitative. Mais la rigueur des évaluations « scientifiques » est un façade derrière laquelle les doutes scientifiques subsistent : l’expérimentation est-elle parfaite ? Peut-on réellement prouver une relation causale (cf. principe de falsifiabilité de Karl Popper) ? Pour l‘auteur, d’autres formes d’évaluations sont aussi valables (par ex. qualitatives), bien que ne pouvant se parer de l’imparfaite scientificité des méthodes expérimentales. Leur faiblesse est plutôt dans la difficulté à garantir la qualité d’un travail qualitatif.

2/Un concept manipulé à des fins politiques

Aussi, les évaluateurs ne sont pas les seuls défenseurs de l’evidence-based policy (voir par exemple l’Alliance for Useful Evidence). D’autres motifs moins avouables sont à l’œuvre. Politiquement, l’exigence scientifique permet de bloquer toute réforme tant qu’elle n’aura pas fait ses preuves. Et compte tenu de l’étroitesse du champ d’observation des évaluations quantitatives (1 ou quelques indicateurs par évaluation seulement), l’evidence-based policy devient tout simplement un frein au développement de politiques de conviction, aux politiques tout court !

et Jennifer Miller de conclure:

In the end, I find myself describing evidence-based policy as Churchill described democracy – the worst option excepting all others. Although this book dispelled some of the mythology, when it comes to evidence-based policy, to borrow a phrase from The X-Files, “I want to believe.”

The Myth of Research-Based Policy and Practice. Martyn Hammersly. SAGE. March 2013.

  • Feuilleter et acheter le livre sur amazon.fr (notez que chaque chapitre peut-être lu indépendamment)
  • Une autre critique du livre sur le blog One Hundred Thousand Words (tout à fait éclairante aussi)

This historical background is significant in that it clearly illustrates how randomized controlled trials became the gold standard for research-based evidence across a broad spectrum of social policy areas.

2 réflexions au sujet de « Livre: Le mythe des politiques publiques “scientifiquement prouvées” ? »

  1. Ping : Séminaire Quantitativisme Réflexif | La Vigie de l'éval

  2. Ping : France Stratégie communique sur l’évaluation | La Vigie de l'évaluation

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.