La (f)utilité gouvernementale de l’évaluation [LIEPP]

Sous ce beau titre se déroule un papier* de Vincent Spenlehauer  – référence de longue date dans le paysage de l’évaluation en France.

Le peu d’impact réformateur des EPP sur leur objet ne semble pas contrarier grand monde, même si, à l’origine, l’EPP avait été inventée pour cela.

Publié en mars 2016 par le LIEPP, il se propose de traiter en deux dizaines de pages à la lecture fluide le “résultats d’études et d’observations, américaines en majorité, concernant l’impact gouvernemental des évaluations des politiques publiques”. L’article est didactique et intéressera en particulier les lecteurs encore assez nouveaux en matière d’évaluation de politiques publiques.Si vous vous poser la question de l’utilité de l’évaluation de politiques publiques, laissez-vous guider, depuis les évaluations “scientistes” américaines des années 60-70 jusqu’au basculement vers une autre forme de crédibilité.

L’expérience montre sans conteste
qu’en raison de la grande diversité des politiques publiques et de la complexité de chacune d’entre elles, une évaluation scientifiquement solide ne peut être que composite sur le plan méthodologique (Barbier 2014 ; Trochim 2009).

Sous le nom générique d’approche “postmoderne et interactionniste”, l’auteur présente ensuite les réflexions orientées vers le renforcement de l’utilité de l’évaluation (Patton, Weiss, Monnier), qui reconnait la rationalité limitée de la décision et s’adapte à cet état de fait. Il souligne l’intérêt pratique de ces démarches, mais aussi ses risques (illustrés notamment par l’évaluation du RSA en 2007).

Le papier se conclut par plusieurs propositions générales et concrètes pour le renforcement de l’utilité de l’évaluation en France.

Une solution pourrait résider dans l’assouplissement de la stricte séparation du savant et du politique dans la pratique de l’EPP (…). Car l’expérience montre qu’en matière d’EPP, il n’est guère possible de produire des travaux scientifiques
à portée politique réelle sans faire (un peu) de politique (…) plutôt que de demeurer dans la position confortable selon laquelle « le scientifique propose, le politique dispose ».

Une autre proposition ressemble étrangement au programme de travail de la société française de l’évaluation (portail d’accès aux évaluateurs, formations courtes à la commande d’évaluation, référentiel commun de l’évaluation) et en appelle à … France Stratégie.

Télécharger le papier depuis le site du LIEPP

*“working paper”, que nous n’avons pas osé traduire littéralement comme “document de travail”, qui donne en français l’idée d’un caractère inabouti fort injuste en l’espèce.

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Une réflexion au sujet de « La (f)utilité gouvernementale de l’évaluation [LIEPP] »

  1. C’est un très bon récapitulatif sur l’utilisation des évaluations. Je ris sous cape à la lecture tout de même de l’extrait suivant, qui doit bien être un des rares à ne pas être suivis d’une citation :

    > Si une société de conseil rémunérée pour procéder à la collecte de données dans le cadre d’une EPP peut s’intéresser à l’amélioration de la politique évaluée, son comportement sera aussi dicté par des considérations de marketing stratégique sans rapport avec cette dernière et pouvant l’incliner à édulcorer certains résultats évaluatifs et à en souligner d’autres (pour fidéliser le client principal par exemple).

    Faut-il y voir du coup un préjugé qui a échappé à la scientificité de l’auteur, ou bien, de la part d’un producteur d’évaluation rémunéré (en plus de ses financements de recherche), un coup de griffe à la concurrence ?

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