Humeur(s) : Vers l’évaluation palliative des politiques publiques ?!

Billet rédigé par Pierre G. , lecteur de la Vigie et évaluateur de son état

C’est quoi une évaluation “palliative” ?!

« Les soins palliatifs sont des soins actifs délivrés dans une approche globale de la personne atteinte d’une maladie grave, évolutive ou terminale. L’objectif des soins palliatifs est de soulager les douleurs physiques et les autres symptômes, mais aussi de prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle. »

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Le Petit Robert n’est pas cité, au dam du grand Alain, mais Wikipédia (ressource rapide pour pensées flashs) fait bien l’affaire… Rencontre-t-on des politiques publiques atteintes de maladie grave, évolutive ou terminale ?

 

  • Les tensions financières sur les budgets de l’action publique, qui font aujourd’hui plus qu’hier les unes de nos quotidiens, sont de nature à être qualifiées de maladies graves.

 

  • Elles sont à coup sûr évolutives : en effet abordées avec soin et n’entraînant pas, ou rarement, d’arrêt franc ou de retrait automatique…
  • Elles en deviennent parfois terminales, n’échappant pas aux lois des naissances et trépas, quoique leur vie relève d’un John Carpenter avec fantômes et revenants !

 

L’action publique mourante plus que malade ?

Sous le coup de maladies graves et évolutives, les politiques publiques entrent alors dans le champ d’une action palliative. L’évaluation peut-elle poursuivre de tel objectifs palliatifs et « soulager les douleurs physiques et autres symptômes, (…) prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle » ?

Foin d’étude, la description des symptômes n’est plus l’enjeu. Le mal est identifié, ses symptômes connus. Le titre aguicheur de ce billet appelle moins l’aventure intérieure qu’un balayage suspect des chairs de surface endolories ! Une brève mesure d’écart fera l’affaire, en l’occurrence de l’écart entre les objectifs classiques d’une évaluation et les objectifs de l’évaluation palliative.

L’évaluation palliative : triste sire ou clown triste ?

Si l’évaluation permet de progresser dans ses pratiques professionnelles par la prise de recul, il devient difficile de l’adapter au sens palliatif… « Prendre du recul » revêt en matière palliative les attributs de l’humour noir, voire de l’édulcorant vulgaire !
Si l’évaluation aide à prendre une décision, elle arrive, en situation palliative, un peu tard. Si elle se trouve alors quelques utilités, c’est à coup sûr au prix d’un bien triste  carnaval d’ambiguïtés…

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Et pour quelle utilité ? L’évaluation palliative pour faire digérer  une fin annoncée ? Pour entériner une fin « tabou » ? Se précipiter au fond du trou quand on sait que la pente est de toute façon trop forte pour être remontée ?

 Pourtant…

A la perspective d’un évaluateur notaire, qui évalue la valeur d’un dispositif en vue d’une transmission et / ou s’assure de la conservation d’une valeur, les commanditaires et les prestataires d’évaluation ouvriront-ils des yeux étonnés ?

Pas plus sans doute qu’à l’évocation d’un évaluateur de mauvais augure, dont les travaux finissent de draper d’un voile flou quelques intentions managériales ! Non plus qu’à l’idée d’un évaluateur funèbre, usant de sa pompe analytique pour livrer une oraison technicienne !

L’évaluation palliative existe déjà ! Vive l’évaluation palliative ! Elle accompagne les politiques publiques atteintes de maladies graves dont beaucoup n’ont pas le privilège médiatique de la dette, des emprunts et des caisses vides, et restent des maladies honteuses. Autre sujet, autre provocation…

Billet rédigé par Pierre G. , lecteur de la Vigie et évaluateur de son état

 

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